Alphonse Allais a fait croire à beaucoup que la vie était drôle

Normand par sa mère et breton par un ami de son père, comme il disait, Alphonse Allais, mort voici un siècle, est un des auteurs les plus pillés parmi les écrivains français.

Né le 20 octobre 1854 à Honfleur (Calvados), le même jour qu’Arthur Rimbaud, à qui il a laissé le génie pour s’emparer de l’humour, “Alphi” est mort le 28 octobre 1905 à Paris.

“Plusieurs fois par semaine, disait l’académicien Maurice Donnay, il a distribué de la joie à des milliers de lecteurs. Dans le métro, les omnibus, la rue, on entendait cette phrase: +avez-vous lu celui de ce matin?+. Il s’agissait de l’article d’Allais et, pendant quelques instants, ces humbles gens avaient pu croire, effectivement que la vie était drôle”.

“Allais, celui qui ira”, avait justement prédit Alfred Jarry en 1899. De fait, il a influencé beaucoup d’auteurs: Jules Renard, Sacha Guitry, Jean Cocteau, Jacques Prévert ou Raymond Queneau.

Alexandre Vialatte, Pierre Dac, Raymond Devos et Pierre Desproges s’en sont également inspiré et Serge Gainsbourg l’a plagié avec “L’ami Cahouète”. Ce n’est pas pour rien qu’on l’a surnommé “la vache Allais” (même s’il préférait des boissons plus fortes).

Ses amis, faisant partie de la “Comète de Allais”, ont rendu hommage à la mémoire de ce dilettante absolu lundi à Montmartre, lors d’une soirée pleine de blagues et de calembours.

Ce fut l’occasion de rappeler ses inventions destinées à faciliter la vie des gens: construire les villes à la campagne pour mieux profiter du bon air, fabriquer du coton noir pour les oreilles des personnes en deuil, des casseroles carrées pour empêcher le lait de tourner, des aquariums en verre dépoli pour les poissons timides ou des balayeuses municipales à papier buvard pour assécher les rues après la pluie.

Il militait aussi pour lancer des obus chargés de poil à gratter ou récupérer des énergies perdues tel le mouvement oscillatoire du bras gauche au sein des troupes en marche.

Le centenaire permet de le (re)lire, de découvrir qu’il n’était pas qu’un plaisantin: son oeuvre, qui compte beaucoup de cadavres, évoque parfois l’angoisse de la solitude (comme dans “Absinthes”).

L’homme qui disait “Quand on ne travaillera plus le lendemain des jours de repos, la fatigue sera vaincue” a sans doute été victime d’une image d’auteur “rigolo”. “Quand donc voudra-t-on admettre (en France) que les grands écrivains peuvent être des écrivains gais?”, demande François Caradec en préface des deux volumes que la collection “Bouquins” consacre à l’auteur de “On n’est pas des boeufs”, “L’affaire Blaireau” ou “Le Captain Cap”.

Alphonse Allais débute dans le journalisme à 20 ans en publiant ses premières “fantaisies” dans le journal humoristique “Le tintamarre”. Il écrit ensuite dans de petites feuilles du Quartier latin comme “L’hydropathe” ou “L’anti-concierge”, s’installe à Montmartre, collabore au “Chat noir” puis à des journaux comme “Gil Blas”.

Les deux volumes de “Bouquins” (éd Robert Laffont) s’intitulent “Oeuvres anthumes” (1.186 pages et 27 euros) et “Oeuvres posthumes” (934 pages et 25 euros), écrites pourtant de son vivant! Ce dernier ouvrage rassemble les meilleurs contes, “fantaisies” et chroniques parmi les 1.300 parus dans la presse de 1877 à 1905.

D’autres livres sont parus pour le centenaire: une anthologie chez Horay, un malicieux “atlas de l’Allaisie” par Patrice Delbourg chez Ecriture (intitulé: “Comme disait Alphonse Allais”) ainsi que, chez Gallimard, ses Poésies complètes où l’on voit ce que les pataphysiciens doivent à ce déconstructeur de langage, logique jusqu’à l’absurde.

source :
AFP

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