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CRISE MONDIALE AUTOUR DE L’IRAK En 1991, l’hécatombe

Jeudi 20 août 2009

14 après…En 1991, le traitement par les médias occidentaux de la guerre du Golfe donna l’impression d’un conflit propre. Le ministère américain de la défense offrit alors aux journalistes des « briefings » qui ressemblaient à des shows.

En 1991, le traitement par les médias occidentaux de la guerre du Golfe donna l’impression d’un conflit propre. Le ministère américain de la défense offrit alors aux journalistes des « briefings » qui ressemblaient à des shows. Pour ceux qui n’avaient pas connu la guerre du Vietnam, les démonstrations de M. Colin Powell, alors chef d’état-major des armées américaines, et de M. Richard Cheney, alors ministre de la défense, évoquaient presque ces jeux d’école élémentaire où les garçons exhibent leurs jouets militaires.

Ce qu’on montra moins, ce fut le sort de la population irakienne après la guerre. La plupart des journalistes ont du mal à faire un « sujet » sur le sort échu aux habitants les plus vulnérables d’un pays. Surtout quand il s’agit d’enfants et de vieillards souffrant d’un « taux de mortalité excessif ». L’actualité de ces derniers mois a conduit bien des gens à se demander combien de civils avaient péri pendant la première guerre du Golfe. La recherche que nous avons effectuée nous a amené à « désagréger » le nombre total des victimes irakiennes en cinq catégories : les civils victimes des effets directs de la guerre, de ses effets indirects, des soulèvements postérieurs au conflit ; les militaires directement victimes de la guerre et ceux qui ont péri à la suite des soulèvements consécutifs au conflit.

La première catégorie est celle à laquelle on pense en priorité. Elle inclut à la fois les décès qui se produisent quand des bombes manquent leurs cibles, quand elles les atteignent mais tuent des civils, quand des civils sont pris dans des échanges de tirs, etc. En nous fondant sur des témoignages directs et sur des données irakiennes recoupées par des témoignages directs, nous avons estimé qu’environ 3 500 civils auraient péri de cette manière. Si le décompte des victimes s’était arrêté là, le mythe de la guerre « propre » eût été plus facile à entretenir.

Mais, avant la guerre de 1991, de nombreuses études indiquaient que la mortalité des enfants et des nouveau-nés avait chuté brutalement dans la décennie précédente. Au cours de l’été 1991, quelques mois après la défaite des armées irakiennes, une équipe de chercheurs interrogea les femmes irakiennes en âge de procréer sur le sort des enfants nés depuis 1985. Pour chacun d’eux, ces femmes indiquèrent la date de leur naissance et, le cas échéant, de leur décès. L’analyse de ces données déboucha sur un taux de mortalité infantile en 1991 d’environ 93 nourrissons pour 1 000, au lieu du taux de 37 pour 1 000 prévisible si la tendance précédente avait été prolongée. L’écart entre ces deux chiffres débouche sur un nombre de 111 000 « morts excessives » en 1991, liées aux effets indirects de la guerre, lesquels incluent les bouleversements qu’elle a provoqués pour la société et pour l’économie du pays.

Les experts militaires nous ont permis d’estimer le nombre de morts dans les autres catégories retenues. Entre 49 000 et 63 000 soldats et officiers irakiens ont été tués de janvier à mars 1991 (les bombardements de l’Irak ont commencé le 17 janvier 1991 et l’accord de cessez-le-feu est intervenu le 3 mars). 5 000 militaires et 30 000 civils environ (dont les trois quarts avaient pris part au combat contre le régime de M. Saddam Hussein) auraient été victimes des soulèvements intérieurs qui ont suivi la victoire des armées de la coalition.

A l’évidence, le nombre des tués à la suite des effets indirects des opérations militaires, sanitaires par exemple, a été très largement supérieur à celui des autres catégories. Et c’est après la guerre que ces victimes ont été les plus nombreuses. 70 000 morts environ seraient des enfants de moins de quinze ans.

Comment expliquer ces décès ? La destruction des infrastructures du pays a largement contribué à ce surcroît de mortalité. Les civils qui meurent après un conflit armé le font en fonction de mécanismes presque identiques à ceux qui provoquent la mort de populations après un tremblement de terre, une inondation ou autre catastrophe naturelle. Dans sa vie de tous les jours, la population a en effet recours à des infrastructures lui permettant de disposer d’eau potable, d’électricité, de chauffage, de nourriture et d’un système opérationnel de distribution des médicaments. Quand ces infrastructures sont détruites, la vie des habitants est sévèrement menacée.

L’examen de ces données concernant les victimes de la guerre de 1991 démontre que les « lois de la guerre » n’ont pas tenu compte des changements relatifs à la technologie militaire. La règle dite de « proportionnalité » réclame que, pour protéger les civils, les opérations militaires veillent à épargner populations et objectifs civils. Ceux qui préparent une attaque armée doivent par conséquent prendre toutes les mesures nécessaires dans le choix de leurs moyens et de leurs méthodes pour minimiser le nombre des morts et blessés civils et pour éviter d’endommager les équipements qui leur sont indispensables. Surtout si ces « dégâts collatéraux » apparaissent disproportionnés eu égard à l’avantage militaire concret et direct que l’armée escompte en retirer.

Une telle règle ne s’applique en général qu’aux victimes civiles directement provoquées par des opérations de guerre. Mais, quand les guerres sont livrées de manière à ce que le nombre des victimes de cette catégorie apparaisse limité pendant la période des engagements armés, au prix d’une explosion de leur nombre après la fin du conflit, la règle habituelle doit être interrogée. Tout comme le « calcul » - comparer l’avantage militaire obtenu au nombre de victimes civiles, directes et indirectes, lié aux moyens mis en oeuvre (2). Par ailleurs, les sanctions économiques pénalisent les civils de telle façon qu’elles en viennent à constituer une extension du concept de la guerre et doivent donc être elles aussi appréciées de cette manière. Nous savons en tout cas que quand la diplomatie échoue, ce sont surtout les civils qui souffrent.

Par Beth O. Daponte

Chercheuse à la Carnegie Mellon University (Etats-Unis). Démographe auprès du ministère américain du commerce, Beth O. Daponte a perdu son emploi en 1992, quand sur la question des victimes civiles de la guerre du Golfe elle a contredit M. Richard Cheney, alors ministre de la défense. Elle a ensuite consacré plusieurs articles documentés à ce sujet dont, avec Richard Garfield, « A Case Study of the Impact of Sanctions on the Health of Civilians : Sanctions Against Iraq Prior to the 1991 Persian Gulf War », lequel fut publié en avril 2000 par l’American Journal of Public Health.

source :
monde-diplomatique.fr

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Talleyrand Ou le Cynisme de Castelot Andre

Jeudi 20 août 2009

Charles Maurice Talleyrand Périgord Évêque sous l’Ancien Régime, député en 1789, diplomate sous l’Assemblée législative, ministre des Relations extérieures sous le Directoire et l’Empire, ministre des Affaires étrangère sous la Restauration, et même président du conseil en 1815, et enfin ambassadeur à Londres sous la Monarchie de Juillet, le parcours de Talleyrand est fascinant d’intelligence politique. Il est, en outre, une suite ininterrompue de trahisons (contre le clergé, contre Napoléon, contre Charles X) et de reniements perpétuels pour réussir à s’accrocher au pouvoir et s’évertuer, quoi qu’il arrive, à durer.

“le diable boiteux” comme le nommait Napoléon est pour moi un des personnages de l’ de France le plus intéréssant. Durant tout ca carrière il travailla pour son seul profit, mais il arriva que a chaque fois c’etait également au plus grand profit de la nation francaise.

Cette de Andre Castelot est pour moi la plus vivante, nous parcourons la vie de cet enigmatique personnage.

Mais qui etait donc Charles Maurice Talleyrand Périgord ?

Talleyrand (1754-1838), homme d’État et diplomate français, qui se distingua lors de la Révolution française et des guerres napoléoniennes, et joua un rôle déterminant lors du congrès de Vienne. Né le 2 février 1754 à Paris dans une illustre famille de la noblesse, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord se destinait à l’armée. Devenu boiteux à la suite d’un accident, il fut contraint d’y renoncer et, bien que sans vocation, s’orienta vers une carrière ecclésiastique largement facilitée par ses origines aristocratiques. Agent général du clergé de France à vingt-deux ans (1780), il continua à jouir à Paris de la « douceur de vivre » comme il l’écrivit dans ses mémoires, avant qu’il ne devienne évêque d’Autun en 1788.

Élu député de son ordre aux états généraux (1789), il adopta la cause de la révolution. Proche de Mirabeau, il se prononça dès le début des séances pour la réunion des trois ordres et joua un rôle décisif à l’Assemblée constituante dans la nationalisation des biens du clergé. Lors de la fête de la Fédération nationale (14 juillet 1790), il célébra la messe au Champ-de-Mars, invitant les prêtres de son diocèse à prêter serment à la constitution civile du clergé. Devenu chef du clergé constitutionnel, il fut déclaré schismatique par le pape et excommunié. Il renonça à la dignité épiscopale et se sépara peu après de l’Église. Sous l’Assemblée législative débuta pour lui une longue carrière diplomatique. Sa première mission le conduisit à Londres où il fut envoyé pour obtenir la neutralité de l’Angleterre. Adjoint de l’ambassadeur, il fut accusé, après le 10 août 1792, d’avoir intrigué pour le duc d’Orléans et compromis par la découverte des papiers secrets de Louis XVI. Ayant tenté en vain de se disculper, il repartit pour la Grande-Bretagne en septembre 1792, fut mis sur la liste des émigrés et tomba sous le coup d’un décret d’arrestation de la Convention. Expulsé d’Angleterre en 1794, il s’expatria aux États-Unis d’où il revint en 1796 avec sa maîtresse, madame Grand, qu’il épousa en 1803. Rayé de la liste des émigrés, bénéficiant d’un soutien de poids en la personne de Germaine de Staël, il fut nommé au poste de ministre des Relations extérieures par Barras, poste qu’il conservera après le coup d’État du 18 Brumaire qu’il avait appuyé, en dépit des accusations de malversations dont il avait été l’objet sous le Directoire.

Ministre des affaires étrangères de Napoléon Bonaparte, il fut l’inspirateur des articles organiques du concordat de 1801, et dirigea avec succès et habileté la politique extérieure de l’Empire. Rendu en 1802 à l’état séculier, il négocia les traités de Lunéville, d’Amiens, de Presbourg et de Tilsit, et devint un des grands dignitaires du régime. Immensément riche et vivant avec ostentation, il fut fait successivement grand chambellan (1804), prince de Bénévent, un véritable fief impérial mis à sa disposition (1806), puis vice-grand électeur (1807). Mais il se sépara de Napoléon Ier sur des questions de politique étrangère, et perdit son ministère dès 1807. En 1808, à Erfurt, Talleyrand poussa en secret le tsar à se dérober aux accords que lui proposait Napoléon. Ayant également intrigué contre l’empereur avec Fouché, il tomba en disgrâce en 1809. Il resta néanmoins membre du Conseil impérial, se vendit comme conseiller et comme espion à la Russie et à l’Autriche, et attendit son heure.

Chef du gouvernement provisoire de 1814, il contribua à faire voter par le Sénat la déchéance de Napoléon Ier et se ralliant opportunément à la monarchie légitime, favorisa l’accession de Louis XVIII au pouvoir. Réintégré dans ses fonctions de ministre des Affaires étrangères par le roi, il négocia le premier traité de Paris (mai 1814) et connut son heure de gloire lors du congrès de Vienne (1815). D’une France accablée par la défaite, il réussit à faire surgir une France respectable et hautement considérée par ses vainqueurs, prouvant à cette occasion son génie diplomatique. Par ses intrigues et son habileté manœuvrière, il divisa les alliés en concluant une alliance avec l’Autriche et l’Angleterre, et put limiter les exigences de la Prusse et de la Russie. Ses efforts diplomatiques furent pourtant en grande partie ruinés par l’épisode des Cent-Jours qui ramena temporairement Napoléon Ier au pouvoir. Président du Conseil au début de la seconde restauration (juillet 1815), il fut contraint de démissionner peu après, face à l’hostilité des ultras de la « Chambre introuvable ». Redevenu simple membre de la Chambre des pairs, le prince de Talleyrand comme il se faisait modestement appeler, ne joua plus qu’un rôle effacé, défendant la liberté de la presse et se rangeant dans le camp de l’opposition libérale au régime de la Restauration. Il se prononça en faveur de la branche d’Orléans lors de la révolution de juillet 1830 et fut nommé ambassadeur à Londres par Louis-Philippe. De 1830 à 1834, il y déploya une habileté extrême, participant à la Conférence consacrée à la Belgique (1830-1831) et à celle sur les affaires ibériques. Il contribua ainsi au rapprochement franco-britannique et à la future indépendance du royaume de Belgique (1839). Affaibli par son grand âge, il souhaitait finir dans l’estime générale et celle de l’Église. Avec autant de dignité que de rouerie, il réussit à se réconcilier, sans s’humilier, avec cette dernière.

Recevant les derniers sacrements sur son lit de mort, l’ancien ecclésiastique devenu un libertin sans pareil rappela au prêtre que l’extrême-onction se fait sur le dos et non sur la paume quand il s’agit d’un évêque … Parmi les enfants naturels de ses nombreuses amours, il faut citer Charles de Flahaut (qui eut lui-même pour fils naturel de la reine Hortense le duc de Morny, demi-frère de Napoléon III) et le peintre Eugène Delacroix. Très intelligent et cultivé, mais âpre au gain et peu encombré de scrupules moraux, il gardait en diplomatie la figure impassible d’un grand seigneur pétri de raffinement héréditaire et l’empreinte de son éducation ecclésiastique. Toute sa vie, Talleyrand a su s’adapter aux circonstances pour mieux les tourner à son avantage. En politique intérieure, il a en effet toujours incarné la légitimité, militant pour la réconciliation de la Révolution avec la France d’Ancien Régime, ce en quoi il fut le parfait opposé de Fouché, malgré de brefs rapprochements qui n’allèrent jamais sans arrière-pensées. Partisan pragmatique d’un équilibre européen, il refusa d’appuyer la subversion européenne d’un Bonaparte qu’il considérait comme dangereusement mégalomane, trop conscient des menaces que ce dernier faisait peser sur la France.

Personnage fascinant, ayant suscité une avalanche de biographies, de pièces de théâtre et mêmes de films, Talleyrand a écrit des mémoires, qui furent publiées en 1891-1892 et qui sont un véritable modèle du genre. Dans la lignée d’un Richelieu, il reste un des hommes d’État les plus complexes et les plus énigmatiques de l’ de France.

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